Chacal, le premier thriller de Forsyth porté à l’écran

septembre 15, 2026

Par: Gilbert Gallerne

Chacal, le coup d’essai de Forsyth devenu film

Lorsque Frederick Forsyth se retrouve sans le sou dans les années 70, il lui apparaît comme une bonne idée d’écrire un roman pour se faire un peu d’argent.

Après des années comme grand reporter pour le compte de Reuters et de la BBC notamment, Frederick Forsyth a deux qualités qui joueront un grand rôle dans son œuvre littéraire et influeront grandement sur le succès qui sera le sien. D’abord, sa formation de journaliste lui a enseigné à écrire vite, à être précis, à se documenter avant d’aborder un sujet. Ensuite, ses voyages aux quatre coins du monde lui ont permis de découvrir nombre de civilisations, et de jeter un regard derrière le voile qui masque la réalité au grand public.

La France des années soixante : l’OAS frappe de tous côtés

C’est donc tout naturellement que, pour son premier roman, il se tourne vers une actualité récente en puisant dans ses souvenirs. Les années soixante, c’est pour la France une guerre civile qui ne dit pas son nom : le gouvernement a décidé de quitter l’Algérie, ce qui ne fait pas l’affaire des colons qui y sont implantés et se heurte à l’opinion d’une grande partie de l’armée qui ne comprend pas qu’après avoir combattu durant des années pour conserver cette colonie, on lui ordonne maintenant de se retirer. D’où la création de l’Organisation Armée Secrète, qui, sous le sigle OAS, signera nombre d’attentats dans la métropole, tentant de déstabiliser le gouvernement et d’abattre celui qui l’incarne : le Général De Gaulle.

C’est sur ce fond historique que Forsyth situe son premier roman, The day of the Jackal, retitré Chacal pour sa parution française. Le postulat de départ est simple : l’OAS a tenté à plusieurs reprises d’assassiner De Gaulle, la dernière fois lors de l’attentat du Petit Clamart, sans y parvenir. Changeant leur fusil d’épaule, les conjurés décident alors de faire appel à un tueur professionnel pour réussir là où ils ont échoué jusqu’à présent. Ce tueur, ce sera le Chacal, sans doute britannique, bien que l’on ne sache pas grand-chose de lui tant ses multiples identités dissimulent bien ses origines réelles.

Un succès malgré un sujet difficile

Malgré ses prémisses qui semblent le vouer à l’échec, le roman est un succès international et il attire l’attention des producteurs.

C’est une filiale d’Universal qui remportera les droits et Fred Zinnemann se verra confier la réalisation. Pour le casting international, on s’appuie sur des acteurs solides : Edward Fox pour le rôle principal, Michael Lonsdale dans le rôle du policier français lancé sur les traces du tueur, Michel Auclair en commandant du renseignement qui l’épaulera.

L’intrigue est linéaire : après une ouverture qui nous fait revivre l’attentat du Petit Clamart, les trois principaux dirigeants de l’OAS se réunissent. Le quatrième, Bastien-Thiry, vient d’être fusillé. L’heure est grave : leur organisation est totalement noyautée par les services secrets français, l’argent ne rentre plus, les attentats échouent, leur combat semble voué à l’échec. C’est là que leur vient l’idée qui peut les sauver : recourir à un tueur inconnu de la police française. Donc un étranger. Un tueur à gages. Après une sélection entre une dizaine de candidats potentiels, leur choix se porte sur un résident britannique qui accepte moyennant finances : un demi-million, de francs s’étrangle un des conspirateurs, non, de dollars soit six fois plus. Mais l’OAS n’a plus d’argent. Qu’à cela ne tienne, la solution est évidente et le groupe armé se lance dans le braquage de banques à grande échelle pour rassembler la somme nécessaire.

Ce qui attire l’attention des services secrets français, qui devinent vite la main de l’OAS derrière les hold-up et traquent leurs responsables, que l’on retrouve terrés dans un hôtel à Rome. Impossible d’aller les y débusquer, ils ne quittent pas leurs chambres et sont protégés par une armée d’anciens soldats. Leur seul point faible est Viktor Wolenski, l’homme qui fait la liaison entre les trois terroristes et le monde extérieur en portant notamment leur courrier. Les services secrets français le capturent et le ramènent en France où il est interrogé avec toute la tendresse que l’on imagine. Il finit par parler, mais meurt avant d’avoir révélé tout ce qu’il sait. Les services secrets ont donc pour seule information le recrutement d’un tueur répondant au nom de code « Jackal » (Chacal en français) qui va attenter à la vie du Général De Gaulle, lequel refuse de modifier en quoi que ce soit ses habitudes pour se protéger.

On suit les préparatifs du tueur qui fait fabriquer des faux papiers et une carabine sur mesure, un petit bijou démontable qui devrait assurer le travail, tout en se tenant informé du programme du Général afin de choisirl’heure et le lieu où il frappera.

À Paris, le ministre de l’Intérieur rassemble une cellule de crise et la direction de l’enquête est confiée au meilleur policier de la place, le commissaire Lebel, joué par Michael Lonsdale. Las, l’OAS a réussi à glisser une jolie fille dans le lit de l’aide de camp du Général, et elle obtient sur l’oreiller tous les renseignements dont le groupe à besoin pour suivre pas à pas l’enquête de Lebel. Le Chacal est donc averti de tous les progrès de celle-ci, jusqu’au moment où il est enfin identifié (croit-on) et devrait renoncer à son projet.

Mais l’homme est têtu et décide de poursuivre malgré tout, passant en mode improvisation pour éviter de descendre dans des hôtels qui sont tous surveillés par la police, et se réfugiant dans les bras d’une belle femme esseulée, interprétée par Delphine Seyrig, dont le manoir à la campagne constituerait une planque idéale… si la police n’y était venue la veille de son arrivée.

Le Chacal change donc à nouveau d’identité et son périple le rapproche de plus en plus de Paris, où il arrive quelques minutes avant que la police ne vienne l’attendre à la descente du train qui le dépose à Austerlitz.

Affiche du film « Le Chacal » de Fred Zinnemann

Un bon roman, suivi d’une bonne adaptation

La tension est maintenue jusqu’au bout dans ce thriller qui n’a rien à envier aux plus grandes productions hollywoodiennes. La grande force de Fred Zinnemann est d’avoir suivi quasiment à la lettre le roman écrit par Forsyth, et de s’être appuyé sur une distribution d’acteurs solides et au casting parfait. Sa principale exigence : le recours à un acteur quasi inconnu pour le rôle principal : Edward Fox, parfait dans le rôle, alors qu’on lui proposait entre autres Michael Caine, Roger Moore, Robert Redford et Jack Nicholson ! Il tenait à ce que le spectateur accepte le personnage sans être gêné par la notoriété de son interprète.

Le fait qu’une bonne partie de l’intrigue se déroule en France, et à Paris notamment, apporte un plus pour le spectateur français qui retrouvera là l’image d’un monde pas si lointain, mais déjà si différent.

En conclusion : un excellent thriller sans le moindre temps mort, au suspens soutenu de bout en bout malgré un élément (attention : SPOILER ALERTE !) qui aurait dû dissuader les éditeurs tout d’abord, les producteurs ensuite, à savoir que le Général De Gaulle ne meurt pas à la fin du film !

Comme quoi, un bon film ou un bon livre, c’est d’abord une bonne histoire.

Fiche technique

  • Année de sortie : 1973
  • Durée : 143 mn
  • Réalisateur : Fred Zinnemann
  • Scénariste : Kenneth Ross, d’après un roman de Frederick Forsyth
  • Acteurs : Edward Fox (le Chacal), Terence Alexander : Lloyd, Michael Lonsdale : Lebel, Michel Auclair : Colonel Rolland, Adrien Cayla-Legrand : le Général De Gaulle..

Notes

Le réalisateur Fred Zinnemann est un habitué des films ayant atteint le statut de classiques du septième art. On lui doit notamment Tant qu’il y aura des hommes (1953, huit oscars en 1954) et Le train sifflera trois fois.

Ce film fait partie du top 100 des meilleurs films, établi par le British Film Insitute.

Une autre adaptation de ce roman a été effectuée en 1997, avec Richard Gere incarnant le policier et Bruce Willis dans le rôle-titre. Réalisé par Michael Caton-Jones, on a là un produit typiquement américain. Le Général De Gaulle devient un vague sénateur américain, le public local y retrouva certainement ses marques mais cette nouvelle mouture n’arrive pas à la cheville du film de Zinnemann. Le spectateur accroche moins à cette histoire, sans doute du fait que les deux acteurs principaux sont des stars dont il est difficile d’oublier le parcours. Le résultat est tellement éloigné du roman original que Frederick Forsyth a refusé que son nom figure au générique, et que Zinnemann a insisté pour que le titre du nouvel opus ne reprenne pas celui de son film.

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