The enigma girl, un roman d’espionnage du trop rare Henry Porter

septembre 10, 2026

Par: Gilbert Gallerne

The enigma girl de Henry Porter

Slim Parsons est complètement grillée. Agent du MI5 undercover auprès d’Ivan Guest, un truand, elle l’a espionné pendant dix-huit mois, accumulant les preuves et retraçant les circuits qui lui permettent de blanchir ses capitaux provenant des tous les trafics possibles et imaginables, de la prostitution à la drogue en passant par la corruption à tous les étages.

Cela, jusqu’à ce qu’il tente de la violer à bord de son jet privé. Mal lui en prend, il se retrouve avec le visage explosé tandis que la jeune femme contraint les pilotes à se poser en catastrophe sur un aéroport perdu en Europe centrale. S’en suivent deux ans de cavale. C’est que le truand est rancunier et Slim ne peut se permettre de réapparaître tant qu’il la recherche pour se venger.

Elle finit par atterrir sur un chantier de fouilles archéologiques où elle prend soin de ne jamais figurer sur les photos de groupe qui paraissent ça et là au fil des articles décrivant les progrès de l’équipe. Accessoirement, elle se rapproche de sa mère, qui sombre dans l’alcoolisme depuis la disparition du frère de Slim, deux ans auparavant.

Retour au bercail

Jusqu’à ce que son ancien service se rappelle à son bon souvenir et la convoque. On lui reproche de ne pas avoir donné signe de vie. Elle rétorque qu’elle ne faisait qu’obéir aux ordres : se faire oublier. Et Ivan Guest durant ce temps ? Malgré les preuves qu’elle a fournies, il est toujours en liberté, mais qu’elle ne s’inquiète pas, on l’a à l’œil et le châtiment viendra bientôt. Entre-temps, on lui reproche tout de même d’avoir détourné son avion et de lui avoir causé quelques préjudices physiques. Slim n’est pas à son aise durant cet entretien, qui vire rapidement au procès, et a bien du mal à sortir de là la tête haute. Mais elle est tenace, et ne va pas céder devant quelques fonctionnaires qui sont plus enclins à voir les manquements à la loi commis par leur agent que les crimes imputables à la prétendue victime de ses actes. On finit par transiger et on accepte de la reprendre. Sa première mission, sur le chemin de la rédemption, sera de tout repos : elle doit infiltrer un journal qui a la fâcheuse manie de divulguer des chiffres que le gouvernement souhaiterait garder secrets, ceux concernant ses dépenses extravagantes, notamment. Elle doit s’introduire parmi l’équipe de rédaction et identifier la taupe qui, au gouvernement, les renseigne. Slim accepte à contrecœur, et en échange de la promesse que le MI5 va enquêter sur la disparition de son frère.

Pour cela, elle quitte le chantier de fouilles et va s’installer à Milton Keynes, ville créée en 1967 à 90 km au nord de Londres, qui, avec ses 288000 habitants, se classe aujourd’hui en tête des villes nouvelles d’Angleterre, tout en demeurant une grosse bourgade provinciale.

Nouveau métier : spécialiste des chiens écrasés

L’accueil que lui réservent les journalistes va de soupçonneux à carrément hostile. On ne l’accueille pas à bras ouverts, c’est le moins que l’on puisse dire, et certains tentent même de l’évincer avant qu’elle ne soit dans la maison. Deux questions se posent : son passé sur lequel elle ne s’étend guère, d’une part, et ne serait-elle pas envoyée par la police, d’autre part.

Slim persiste et on finit par lui confier un article à l’essai : récolter le témoignage d’une vieille dame qui se plaint qu’on lui vole ses fleurs.

Consciente qu’on la met sur une voie de garage, Slim accepte néanmoins. Au fil de son enquête sur ce sujet dérisoire, elle croise une jeune femme qui cherche désespérément à retrouver son frère. Roumains, ils sont entrés clandestinement au Royaume-Uni, mais alors qu’elle-même a pu s’insérer, son frère a disparu. Elle a reçu un appel de lui, vite interrompu, dans lequel il disait être retenu en esclavage. La police, alertée, n’a rien fait, pas même tenté de remonter la piste grâce au numéro du téléphone avec lequel il l’avait appelée. Flairant une affaire plus importante que ses fleurs volées, Slim entreprend de remonter la piste grâce aux contacts qu’elle a dans sa vie cachée, pour qui il est aisé de retracer l’appel.

Dans le même temps, sa mère se fait agresser à son domicile. Elle n’est sauvée que grâce à l’arrivée de sa fille et des deux gorilles que l’on a affectés à la protection de celle-ci. À l’hôpital, elle lui annonce qu’on vient de lui découvrir une tumeur, il lui reste à peine deux mois à vivre.

À partir de là, Slim doit jongler entre sa vie privée, sa mère mourante, et sa mission d’espionnage auprès des journalistes qu’elle apprécie de plus en plus et dont elle commence à partager les convictions, bien que ceux-ci soient de plus en plus méfiants envers elle. Son enquête sur le Roumain disparu progresse rapidement, mais grâce à des ressources dont elle ne peut faire état auprès de ses « collègues » du moment, et elle se retrouve impliquée dans des bagarres qui les font s’interroger davantage encore sur ses origines et sa formation.

Retour aux fondamentaux

Le fait que ces échauffourées conduisent à l’arrestation des membres du gang qui trafique des migrants pour les utiliser ensuite comme esclaves loués à diverses entreprises sur le sol britannique ne lui accorde qu’un court répit, d’autant que l’on ne comprend toujours pas d’où elle tire les informations qui lui permettent ces succès.

Qu’importe, le journal fait ses choux gras de son enquête et le scandale du réseau d’esclavage contre lequel la police n’a pas agi durant plusieurs mois résonne dans tout le Royaume-Uni. Slim y gagne une semi-légitimité au sein de l’équipe de journalistes, mais les dirigeants de l’entreprise continuent tout de même de se méfier d’elle et gardent leurs secrets bien au chaud par devers eux.

Dans le même temps, ses supérieurs au MI5 exigent des réponses et s’étonnent de la lenteur à laquelle progresse l’enquête qu’elle mène.

Le MI5 retrouve la trace de son frère juste à temps pour qu’elle en informe leur mère. Malheureusement, il est mort depuis quelques mois, torturé puis tué. Slim en est convaincu, le coupable n’est autre qu’Ivan Guest, tout comme il est responsable de l’agression de sa mère. Le truand la cherche toujours et a réussi à l’identifier sous sa véritable identité. Malheureusement, la police ne semble pas pressée de lui passer les menottes.

Au journal, la tension s’exacerbe lorsque la police fait une descente suite à une information que Slim a transmise au MI5. Les responsables sont arrêtés, le journal est menacé de fermeture…

Ses nouveaux amis en prison, ses employeurs exigeant sa loyauté pleine et entière, quitte à enfreindre la loi… Slim va devoir louvoyer pour se tirer de ce guêpier.

Photo de couverture du livre « The enigma girl »

Henry Porter, écrivain en quête de reconnaissance

Henry Porter n’est pas un écrivain prolifique : une dizaine de publications en vingt-cinq ans seulement, ce qui explique qu’il ne soit pas très connu chez nous. Il a pourtant publié quelques romans mémorables, parmi lesquels Brandebourg, et Empire State. Avec The enigma girl, il signe son retour au genre qui nous intéresse et nous montre une fois de plus qu’il est un maître dans l’art de tisser des intrigues complexes, mais logiques, et pour renouer des fils qui semblent sans rapports les uns avec les autres.

J’espère qu’un éditeur français saura apprécier ce roman et le proposera chez nous.

Fiche technique

  • Titre : The enigma girl
  • Auteur : Henry Porter
  • Éditeur : Quercus
  • Copyright : 2024
  • ISBN : 978-1-52940-335-0

Autres romans du même auteur parus en français

  • Nom de code : Axiom day, Balland 2003
  • Une vie d’espion, Balland 2003
  • Empire State, Calmann-Lévy 2006
  • Brandebourg, Calmann-Lévy 2008
  • Lumière de fin, Calmann-Lévy 2011

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