
Après avoir quitté la franchise James Bond, Pierce Brosnan craignait d’être définitivement catalogué s’il rejouait dans un film d’espionnage. Mais il y avait ce roman dont il avait acheté les droits plusieurs années auparavant et qui le hantait depuis lors. The november man, un roman d’espionnage signé Bill Granger, publié chez nous par les éditions Stock en 1985 sous le titre « Un nommé Novembre ».
Un retraité qui reprend du service
Le héros est un ancien agent de la CIA, Peter Deveraux, qui s’est retiré à Lausanne, sur les bords du lac Léman. Il mène une vie paisible en compagnie de sa fille de douze ans, Lucie, ignoré de tous, jusqu’à ce que Hanley (son ancien chef, joué par Bill Smitrovich) vienne le trouver dans le petit restaurant qu’il dirige à présent.
Son ancien service veut qu’il rempile. Pas question. Sauf que la mission est particulière : il s’agit d’exfiltrer de Moscou Natalia, une femme qu’il a connue jadis, il l’avait recrutée pour le compte de la CIA et en avait fait un agent chevronné. Ce que Hanley ignore, c’est qu’il a eu une liaison avec cette femme, de laquelle est née Lucie. Aujourd’hui, son ex-compagne est infiltrée auprès d’un général russe, en campagne pour le pouvoir suprême. Elle vient de mettre la main sur un élément déterminant pour neutraliser ce candidat : un nom. Mais elle refuse de donner ce nom si on ne l’exfiltre pas, et elle exige que Peter Devereau soit l’homme chargé de l’opération. C’est simple : « Tu entres, tu la fais sortir. Moscou, Saint Petersbourg. Vous passez la frontière. Je vous retrouve à Helsinki », explique son chef.
Une exfiltration presque sans problème
Peter Devereaux se retrouve donc à Moscou pour une mission banale et sans problème, sauf que les choses tournent mal. À peine a-t-il retrouvé la jeune femme que celle-ci est abattue, par la CIA qui l’avait envoyée en mission. Tout juste a-t-elle le temps de lui confier son téléphone, qui contient quelques photos des documents renfermés dans le coffre du général qu’elle espionnait.
Ces photos mènent à une jeune femme, une Tchétchène de 15 ans enlevée par le général qui a massacré toute sa famille et l’a conservée en vie pour servir d’esclave sexuelle pendant plusieurs années. Feignant d’être muette et ne pas comprendre le russe la fillette a été témoin de réunions auxquelles elle n’aurait pas dû assister. Aujourd’hui, elle a la possibilité de témoigner contre ce général et ainsi de lui bloquer la voie vers le sommet du gouvernement russe. Mais voilà, elle a disparu après avoir trouvé refuge à Belgrade dans un foyer pour jeunes filles abusées comme elle.
Peter Devereaux doit la retrouver avec l’aide de la jeune femme qui dirige ce foyer. Récalcitrante au début, elle finit par lui prêter main-forte quand les balles commencent à siffler et qu’elle réalise qu’elle se trouve coincée entre la CIA et une tueuse envoyée par le général qui tient à supprimer tous les témoins de ses crimes passés.
Peter Deveraux comprend vite que ses anciens employeurs ne sont pas vraiment de son côté. Après avoir ordonné l’assassinat de la femme qu’il aimait, ils décident que lui-même devient trop dangereux et doit connaître le même sort. Pour cela, ils ont recours à l’homme qui le connaît le mieux, David Mason, le jeune agent que Deveraux formait avant de prendre sa retraite, superbement joué par Luke Bracey.
La présence de Pierce Brosnan entraîne une comparaison avec James Bond
Le rythme est soutenu, les scènes de poursuite, de combats, sont bien menées et le scenario tient la route à une ou deux facilités près.
Pour ce film, Brosnan a fait appel à Roger Donaldson, qui l’avait déjà dirigé dans Le pic de Dante et le réalisateur australien nous offre un film qui se hisse à la hauteur des films d’espionnage auxquels nous sommes habitués. Pierce Brosnan donne là une performance d’acteur bien éloignée de son James Bond : Peter Devereau est plus sombre, plus cruel que l’agent britannique auquel nous sommes habitués.
Le tournage s’est effectué à Belgrade, ville qui comme Berlin et Vienne, est une plaque tournante de l’espionnage en Europe. Là aussi, on s’éloigne de la saga James Bond qui enchaîne les destinations exotiques. Le fait de localiser la plus grande partie de l’action dans la capitale de la Serbie renforce l’aspect réaliste de cette histoire.
Le scenario, signé Michael Finch et Karl Gajdusek d’après le roman There are no spies de Bill Granger, inédit en français, s’inspire en fait de l’intégralité de la série (une douzaine de romans) dans laquelle il grappille des éléments çà et là. Le fait de situer l’histoire après la guerre froide et en se référant à des événements plus récents (l’invasion de la Tchétchénie avec tout l’arsenal de fausses raisons, de coups montés, de manipulation de l’information) apporte un plus et permet d’ancrer ce récit dans un monde plus réel que ce que nous voyons habituellement dans ce genre de production.

Un bon film, quoiqu’en disent les critiques
Le film n’a pas été très bien accueilli par la critique à sa sortie, ce qui explique sans doute que les aventures de Peter Deveraux se soient arrêtées avec cet opus. Dommage, car on tenait là un personnage solide, superbement interprété par Pierce Brosnan, qu’il aurait été intéressant de retrouver. Un espion vieillissant, confronté à la génération suivante, cela pouvait donner lieu à d’intéressants développements et à des histoires plus proches de la réalité que ce que nous offrent les James Bond. L’histoire récente nous a montré que le monde de l’espionnage n’a pas disparu avec l’arrêt officiel de la guerre froide et l’entrée dans le monde des Bisounours que nous annonçaient nos dirigeants. Après quelques années pendant lesquels les gouvernements s’auto-intoxiquaient en se gargarisant sur l’avènement d’un monde nouveau sans guerres ni menaces et donc sans besoin de recourir à des services secrets pour contrer les tentatives malveillantes d’ennemis qui ne disent pas leur nom, le réveil fut difficile. Il l’est toujours. Le monde des barbouzes devient plus en plus indispensable à une époque où seule la force semble le langage commun entre les nations.
Un bon film, donc, qui se glisse sans peine entre les sagas du type James Bond ou Mission impossible pour nous montrer un monde de l’espionnage un peu plus réaliste que celui dépeint dans ces deux franchises, et ce, pour un budget dix fois moins important (15 millions de dollars contre 142 millions pour Meurs un autre jour, dernier James Bond incarné par Pierce Brosnan). Personnellement, j’en redemande.
Fiche technique
- Titre original et français : The november man
- Réalisation : Roger Donaldson
- Scenario : Michael Finch et Kark Gajdusek, d’après There are no spies, de Bill Granger
- Photographie : Romain Lacourbas
- Montage : John Gilbert
- Musique : Marco Beltrami
- Budget : 15 000 000 USD
- Format : couleur
- Durée : 108 minutes
- Dates de sortie : USA 24 août 2014, France 29 octobre 2014
- Distribution : Pierce Brosnan, Luke Bracey, Olga Kurylenko, Bill Smitrovich


