
Film de Irving Pichel, avec Alan Ladd, Geraldine Fitzgerald et Patrick Knowles.
Un film d’espionnage se déroulant durant les derniers mois de la Seconde Guerre
Nous sommes en 1944. Les Alliés progressent à travers la France. Pour faciliter l’avancée des troupes, les Américains réalisent qu’ils ont besoin d’agents sur place afin de faire la liaison avec la résistance française : les autres pays se sont dotés de services d’espionnage depuis des siècles, les États-Unis, nation encore toute jeune, n’ont pas eu besoin de le faire jusqu’à présent et doivent donc se doter en urgence d’un service de renseignements digne de ce nom.
L’OSS est née, sous l’égide des militaires qui en ont besoin et qui vont recruter des agents parmi la population civile. Pour la petite histoire, l’OSS est créée pour les besoins de la guerre, elle sera dissoute une fois la paix signée… pour être remplacée aussitôt par un autre organisme, baptisé Central Intelligence Agency, qui permettra aux États-Unis de rattraper leur retard dans le domaine et de dépasser rapidement les nations plus anciennes qui les avaient devancés.
Un commando en mission
Revenons donc à notre histoire : les alliés sont en train de repousser les troupes allemandes et les États-Unis réalisent qu’ils ont besoin d’agents infiltrés derrière les lignes du front, pour établir le contact avec la résistance et transmettre des renseignements de première main sur les troupes adverses, voire procéder à des actions de sabotage.
On décide de créer les premiers commandos devant effectuer ces missions.
Apparition d’Alan Ladd, alias John Martin, qui va faire partie d’un des premiers commandos. Celui-ci est composé de quatre personnes. Trois hommes et une femme, contre la présence de laquelle s’insurge John Martin : selon lui, une femme n’est pas faite pour ce genre de travail. Elle s’impose et reçoit l’appui de sa hiérarchie. Le commando est donc parachuté derrière la ligne du front. Le chef du groupe étant abattu dès leur arrivée sur le sol français, c’est Martin qui se retrouve à diriger l’opération.
Le bout du tunnel est en vue !
Leur mission est simple, au moins sur le papier : faire sauter un tunnel ferroviaire en Normandie afin d’empêcher l’armée allemande d’envoyer des renforts dans cette région où les troupes alliées continuent de déferler.
L’endroit étant étroitement surveillé, l’approche semble difficile jusqu’à ce que Ellen Rogers (jouée par Geraldine Fitzgerald) devienne la maîtresse d’un officier allemand qui doit se rendre sur place. Elle l’accompagnera donc !
La mission réussira, de justesse, Martin ayant décidé de s’en mêler : voulant la protéger, il met en péril toute l’opération. Elle le lui reprochera vivement, argumentant qu’elle est une personne responsable et lui demandant de ne plus intervenir pour la protéger à l’avenir ! La voix de la raison. Il saura s’en souvenir.
Cette mission accomplie, Martin n’a qu’une idée : rentrer au pays, la Gestapo commençant à les traquer d’un peu trop près à son goût.
Deuxième mission !
Mais, espion un jour, espion toujours : ses supérieurs en ont décidé autrement et le groupe réduit à sa portion congrue après la perte d’un second membre doit reprendre le flambeau pour filer en Alsace afin de récupérer des plans nécessaires aux armées pour vaincre les dernières troupes nazies dans la région. Martin et Ellen affronteront donc seuls les Allemands le long du Rhin pour déterminer la position des forces allemandes et envoyer les renseignements à Londres, où ils permettront aux troupes alliées de progresser jusqu’au cœur de l’Allemagne.
On appréciera au passage le double jeu d’un agent de la Gestapo qui, sentant le vent tourner, négocie ses services auprès du commando : moyennant finances, il les protège, les guide, les avertit… le prix augmentant régulièrement et le moindre acte de sa part devant faire l’objet d’une rémunération conséquente. Le personnage est intéressant, répugnant à souhait, et finalement assez juste : on sait que, dans les derniers mois de la guerre, tous les dignitaires nazis préparaient leur fuite à l’étranger et se constituaient un matelas financier destiné à leur permettre de continuer à mener la grande vie une fois en sécurité. Pourquoi s’étonner dès lors qu’un agent intermédiaire dans la hiérarchie ait tenté lui aussi de tirer son épingle du jeu ?
Allusion subtile à cette fuite des rats à tous les niveaux, le groupe de nazis qui envahit la ferme où le couple d’espions s’est réfugié débarque à bord d’une voiture dont les sièges débordent du produit de leurs pillages : tableaux, objets précieux… Il faut prêter attention pour remarquer ce détail, mais il est bien là !
Le film se veut réaliste et à la gloire de ces soldats de l’ombre. Inutile donc d’espérer un happy end, et, du groupe des quatre agents ne restera finalement qu’un seul survivant, le sacrifice des autres ayant permis la victoire commune.
Un bon film dans son genre
OSS les héros de l’ombre est un petit film à la gloire des services secrets américains. Le casting est efficace, les acteurs sont plutôt bons, et, même s’il est évident que l’équipe de tournage n’a pas mis les pieds sur le sol français pour l’occasion, l’atmosphère est bien rendue. Juste un bémol sur la garde-robe d’Alan Ladd, qui est censé se fondre dans la population française, mais arbore un manteau et un chapeau qui semblent crier « New York ! » à chaque fois qu’il les porte.
Quant à Irving Pichel, qui était également acteur, il a à son actif en tant que réalisateur quelques dizaines d’œuvres. Dans sa filmographie, on notera son premier film, qu’il coréalisa avec Ernest B. Schoedsack, un grand classique du thriller : « Les chasses du comte Zaroff ».
Comme un air de James Bond avant l’heure
Pour le reste, le scenario tient bien la route malgré quelques épisodes un peu convenus (l’officier allemand qui s’entiche d’Ellen Rogers, la patrouille allemande qui se débarrasse du corps du premier membre du commando juste au pied des trois autres planqués dans les bois…) et quelques facilités, comme la fameuse pipe pistolet qui vous dégomme son bonhomme à trente mètres… Le scenario est tout de même de Richard Maibaum, lequel signera quelques années plus tard ceux de Goldfinger, Bons baisers de Russie, et l’Espion qui m’aimait…
Plus qu’un simple film de propagande, OSS les héros de l’ombre est un bon film d’espionnage sur fond de seconde guerre mondiale, avec ses morceaux de bravoure obligés et pour une fois un traitement des résistants français qui évite la condescendance et le mépris, Ellen Rogers présentant les Français comme des gens courageux, fiers, et dignes d’estime. Cela nous change du discours actuel nous provenant de l’autre côté de l’Atlantique.
En conclusion, un agréable divertissement sans temps mort, avec ses morceaux de bravoure, ses scènes poignantes et dramatiques, ses coups de feu et ses trahisons. En noir et blanc, bien sûr, mais il reste encore des amateurs pour ce genre. Personnellement, j’en reprendrai bien un peu.
Quelques précisions glanées au passage :
- Le scénariste Richard Maibaum est également le producteur du film, et c’est lui qui assure la narration en voix off.
- Paramount voulait initialement Sterling Hayden, qui avait réellement servi dans l’OSS, mais il était encore sous l’uniforme début 1946, et Alan Ladd a été annoncé en janvier 1946.
- Trois films sur l’OSS étaient en production simultanément à Hollywood : O.S.S., 13 Rue Madeleine et Cloak and Dagger. O.S.S. est sorti le premier en salles.
- Le réalisateur Irving Pichel sera ensuite blacklisté par la House Un-American Activities Committee, anecdote qui peut intéresser tes lecteurs.
- Une représentation parisienne a eu lieu le 27 juin 1947 au Paramount et au Lynx en VF.

Fiche technique
| Titre français | Les Héros dans l’ombre (OSS) |
|---|---|
| Titre original | O.S.S. |
| Réalisateur | Irving Pichel |
| Scénariste | Richard Maibaum |
| Producteur | Richard Maibaum |
| Société de production | Paramount Pictures |
| Distribution | Paramount Pictures |
| Directeur de la photographie | Lionel Lindon |
| Montage | William Shea |
| Musique | Daniele Amfitheatrof, Heinz Roemheld |
| Narration | Richard Maibaum |
| Genre | Film d’espionnage, film de guerre |
| Pays | États-Unis |
| Langue originale | Anglais |
| Format | Noir et blanc |
| Année de production | 1946 |
| Date de sortie (USA) | 26 mai 1946 |
| Sortie en France | 27 juin 1947 (Paris, cinémas Paramount et Lynx, VF) |
| Durée | 108 minutes (1 h 48) |
| Acteurs principaux | Alan Ladd (Philip Masson / John Martin), Geraldine Fitzgerald (Ellen Rogers / Elaine Dupree), Patric Knowles (Commandant Brady), John Hoyt (Colonel Paul Meister) |
| Acteurs secondaires | Gloria Saunders (Sparky), Richard Webb (Parker), Richard Benedict (Bernay), Harold Vermilyea (Amadeus Brink), Don Beddoe (Gates), Onslow Stevens (Field), Gavin Muir (Col. Crawson), Egon Brecher (Marcel Aubert), Joseph Crehan (Général Donovan), Bobby Driscoll (Gerard), Julia Dean (Madame Prideaux), James Westerfield (Det. Roberts) |
| Recettes (USA) | 2,8 millions de dollars |
| Entrées en France | 1 762 769 |