Un coin de ciel brûlait : un espionnage signé Laurent Guillaume

août 5, 2026

Par: Gilbert Gallerne

Un coin de ciel brûlait : un espionnage signé Laurent Guillaume
Un coin de ciel brûlait : un espionnage signé Laurent Guillaume

Sierra Leone, 1992. Neal Yeboah est un gamin sans soucis, qui ne songe qu’à jouer et fait les 400 coups avec ses copains sans grande malice. Neal vit une enfance heureuse entouré d’une mère et d’un père aimants, ce dernier propriétaire d’une imprimerie qui tourne plutôt bien. Il a passé sa vie à construire sa petite entreprise et y tient, cela causera sa perte.

C’est que l’environnement n’est pas idyllique : autour du village où vivent Neal et les siens, la guerre civile fait rage. Les troupes du RUF (Revolutionary United Front) sèment la terreur dans les campagnes, vivants de rapines, de meurtres et de viols, sur la population qu’elles avaient été créées en principe pour défendre. Mais ça, c’étaient les principes, qui ne pèsent pas lourd devant une poignée de diamants. C’est que la Sierra Leone est l’un des principaux producteurs de diamants, ce qui attire bien des convoitises.

Naissance d’un enfant soldat

Lorsque les rebelles déferlent sur le village de Neal, c’est l’hécatombe. Sa mère s’enfuit dans les bois tandis que son père reste dans son imprimerie pour la défendre jusqu’à la mort s’il le faut. Neal tente bien de se glisser dans le village pour lui venir en aide, mais sa présence ne fera qu’aggraver les choses et bientôt il se retrouve enrôlé de force, enfant soldat à qui l’on colle une arme entre les mains et que l’on fouette s’il ne se comporte pas selon les lois du clan, de sa « nouvelle famille » sous les ordres du redoutable colonel Cobra. Peu à peu, le souvenir de ses parents s’estompe tandis qu’il bascule dans la sauvagerie et devient un tueur redouté connu de tous sous le nom de Bande-à-la-guerre, tireur d’élite et combattant hyper efficace sous la houlette du Sergent qui transforme l’enfant qu’on lui a confié en machine à tuer.

Un coup fourré ? Cherchez la CIA.

Trente ans plus tard, la journaliste Tanya Rigal se rend à un rendez-vous donné par un mystérieux correspondant dans un palace de Genève. Elle trouve son interlocuteur étendu sur la moquette de sa chambre, un pic à glace planté dans l’oreille.

Coincée entre la police suisse et la CIA, représentée par une jeune femme qui, en bonne espionne, ne joue pas vraiment franc-jeu, Tanya tente de démêler l’écheveau qui se présente à elle, pressentant l’existence d’une histoire qui va lui fournir le scoop capable d’épater tous ses collègues de Médiapart.

Portrait de Laurent Guillaume

Un roman construit sur deux lignes parallèles.

Partant de là, Laurent Guillaume nous livre un récit où deux lignes chronologiques se croisent et se mêlent. Nous suivons l’évolution de l’enfant-soldat Nael, dont chaque nouvelle victime importante fait l’objet d’une scarification rituelle supplémentaire dans son dos, et l’enquête de la journaliste qui finit par gêner un ancien responsable de la CIA. Ce qui s’est passé en Sierra Leone trente ans plus tôt doit rester enfoui, sous peine de remettre en question la vie confortable de quelques personnages troubles dont la fortune repose sur les exactions commises alors qu’ils se trouvaient en poste pour le compte de leur gouvernement.

Et tout cela pendant que le tueur au pic à glace continue de semer des victimes devant Tanya, jouant un jeu du chat et de la souris auquel elle ne comprend rien, si ce n’est que sa propre vie est menacée, qu’elle n’a pas été choisie par hasard, et qu’elle ne pourra pas se contenter d’abandonner cette histoire pour retrouver sa vie paisible : un tueur la traque jusque chez elle, elle n’a d’autre choix que de résoudre cette affaire, ou de mourir à son tour.

Du polar à l’espionnage, il n’y a qu’un pas.

On connaissait Laurent Guillaume pour ses romans policiers puisés aux sources du réel : ancien policier (la BAC et les Stups, entre autres), il savait donner à ses récits un côté authentique qui ne peut provenir que des gens qui ont vécu ce qu’ils racontent. Il avait fait son entrée dans le genre avec le remarqué Mako.

Avec ce roman, il quitte la quiétude du milieu qu’il connaissait pour s’aventurer sur le terrain de l’espionnage international sur fond de trafic de diamants, les fameux « diamants du sang » dont tout le monde a entendu parler, ne serait-ce que grâce au film Blood diamond avec Leonardo di Caprio, sans bien comprendre ce que ce terme recouvrait. Mais là aussi, il puise ses renseignements à la source. Après la police, il est en effet devenu consultant international spécialisé dans le crime organisé, et plus particulièrement sur une zone géographique bien précise : l’Afrique. Inutile de dire que ses descriptions de la vie dans les villages de brousse marqués par la guerre et les trafics respirent l’authenticité. Cela donne une profondeur à son récit que le lecteur appréciera.

De l’autre côté, son incursion dans le domaine de l’espionnage et des luttes entre factions opposées au sein d’une même organisation sont bien vues également. Tanya Rigal explore cet univers avec les yeux de l’innocence, c’est l’occasion pour le lecteur de découvrir avec elle les magouilles et malversations dont les hommes peuvent se rendre coupables dès lors qu’ils ont le pouvoir et qu’on leur garantit l’impunité.

Laurent Guillaume déroule son histoire sans anicroche. L’intrigue est bien menée, et construite comme un véritable mécanisme d’horlogerie, jusqu’au dénouement avec son lot de retournements de situations et la surprise finale qui sont la marque des bons romans du genre.

Couverture livre Un coin de ciel brûlait de Laurent Guillaume

Premier roman dans le genre de l’espionnage, mais pas le dernier.

Disons-le, pour ce coup d’essai, Laurent Guillaume a réussi un coup de maître. Il récidivera bien vite, en nous livrant une saga écrite à la demande d’Alex Berger. Alex Berger, le nom de vous dit peut-être rien. Si je précise qu’il préside à la société de production qui nous a donné l’excellente série Le bureau des légendes, cela évoquera peut-être davantage pour vous ? C’est en effet à la suite d’une rencontre entre les deux hommes qu’est née l’idée de la série des dames de Guerre, dont Laurent Guillaume nous a déjà livré deux titres sur les trois envisagés : Les dames de Guerre / Saïgon, et Opium lady, tous deux publiés chez Robert Laffont. Le troisième, China white, est annoncé pour septembre 2026.

Un coin de ciel brûlait a donc marqué un tournant dans la carrière de cet auteur qui avait fait une entrée remarquée dans le monde du polar, le voici maintenant qui marque de son empreinte le genre espionnage, à une époque où celui-ci commence à retrouver les faveurs du public, la situation internationale n’étant sans doute pas étrangère à ce regain d’intérêt.

Une lecture recommandée pour ce roman qui confirme que les auteurs français n’ont pas abandonné le genre aux Anglo-saxons.

Détails

  • Titre : Un coin de ciel brûlait
  • Auteur : Laurent Guillaume
  • Éditeur : Michel Lafon
  • ISBN : ‎ 978-2749947099
  • Format : Broché
  • Nationalité : France
  • Langue : Français
  • Date de publication : 03/06/2021
  • Nombre de pages : 492 pages

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