L’amateur roman de Robert Littell deux fois adapté au cinéma

août 23, 2026

Par: Gilbert Gallerne

L’amateur de Robert Littell deux fois adapté au cinéma

Charlie Heller est un obscur informaticien. Son job : cryptologue à la division D, au sein de la CIA. En principe, un boulot tranquille de fonctionnaire, horaires réguliers, vacances programmées, la sécu et la retraite en avantages annexes.

Accessoirement, il est amoureux fou de sa femme avec laquelle ils vivent un bonheur sans nuage et qu’il retrouve à la maison chaque soir après qu’elle aussi a terminé son travail.

Petit bonheur tranquille d’un petit couple de fonctionnaires qui ne demandent rien de plus à la vie que de s’aimer et vivre en paix.

Un coup de tonnerre dans un ciel calme

Jusqu’à ce jour fatal où sa femme, en déplacement professionnel, au mauvais endroit au mauvais moment, est prise en otage lors d’une attaque terroriste du consulat où elle se trouve en mission. Elle est froidement abattue pour permettre aux terroristes de s’enfuir.

Charlie Heller est dévasté. D’un seul coup son monde vient de s’effondrer. Il erre seul, ne sait plus comment vivre, attend que l’on arrête les coupables, qu’on les enferme, qu’on les juge, qu’on les condamne… Rien ne se produit. Les semaines passent, les coupables sont dans la nature, l’enquête ne piétine même plus, elle est à l’arrêt complet.

Charlie ne comprend pas. Il travaille pour l’agence de renseignements la plus puissante du monde et pourtant, il est impuissant. Ses demandes de renseignements lui reviennent avec le même message : il faut patienter, cela viendra. Mais Charlie n’a pas envie d’être patient, surtout lorsqu’il comprend que l’enquête n’ira pas plus loin, que personne autour de lui ne souhaite poursuivre les criminels pour les envoyer derrière les barreaux.

Alors, il décide de prendre les choses en main. Lui, le petit fonctionnaire oublié derrière son ordinateur, il va traquer les assassins de sa femme et les punir seul, puisque personne ne veut s’en charger.

Quand les professionnels renoncent, place aux amateurs

Il s’adresse à sa hiérarchie pour demander une formation rapide d’agent de terrain. On rigole bien dans les étages à l’idée de ce petit bonhomme partant en guerre contre des tueurs professionnels. On lui propose de prendre des vacances, le temps de se remettre de sa perte et de réaliser l’inanité de ses efforts.

Mais Charlie a des talents, ceux-là mêmes pour lesquels on le paie. Il sait se servir d’un ordinateur et voit passer des opérations qui le choquent. Alors que, jusque-là, il fermait les yeux sur les pratiques quelque peu borderline de son service, il creuse, et il imprime le résultat de ses recherches. Très vite, il met à jour l’implication de sa hiérarchie dans des malversations à des lieues de la mission qui leur est confiée. Cette fois, lorsqu’il remonte à sa direction, c’est pour mettre sur le bureau devant ses responsables les preuves de leurs actes délictueux. Stupéfaction, indignation, angoisse… Ses supérieurs n’apprécient pas. On lui accorde sa formation, et, en parallèle, on cherche à récupérer les documents originaux, avant de se débarrasser de lui.

Pendant ce temps, Charlie est envoyé à la Ferme, le centre de formation de la CIA perdu dans la campagne, par lequel transitent tous ceux que l’on va envoyer sur le terrain. Commence alors l’entraînement destiné à le transformer en machine à tuer. Ce n’est pas gagné. Au tir, il aura une chance si l’adversaire veut bien lui laisser poser le canon de son arme contre sa poitrine. En combat rapproché, il ferait mieux de se mettre à la course… Dans les hautes sphères, on ricane. S’il se retrouve sur le terrain, il sera mort avant d’avoir compris ce qui lui arrive, ce qui arrangerait les affaires de tout le monde.

Charlie persiste. Et emmagasine malgré tout quelques précieux conseils de son formateur, Henderson, qui devient peu à peu pour lui un véritable mentor.

Sur la piste des tueurs

Ainsi formé, il est enfin lâché dans la nature, sur la piste des tueurs. Mais, entre temps, ses supérieurs ont réussi à récupérer les documents qui les accablent. Dès lors, Heller ne représente plus qu’un témoin dont il faut se débarrasser. Et comme les gens qu’il traque ne semblent pas capables d’y parvenir, on va lui envoyer un spécialiste, quelqu’un qui le connaît bien, celui-là même qui l’a formé au combat : Henderson.

Lorsque l’on tente de le tuer et que l’assassin n’est autre qu’Henderson, l’agent de la CIA qui l’a formé. Heller décide de disparaître. Privé de l’aide de la centrale, il se débrouillera seul, en s’appuyant sur des contacts qui, jusque-là, n’étaient qu’un numéro sur un écran. Il identifie un premier membre du commando. Mais on l’a prévenu : il n’a pas l’âme d’un tueur et se dégonflera au moment de presser la détente. Heller opte donc pour une autre stratégie : il va amener ses cibles à se tuer elles-mêmes. Un meurtre par abstention, en quelque sorte.

La surprise du chef

D’un tueur à l’autre, sa quête l’amène à proximité du responsable du commando, l’homme qui a pressé la détente de l’arme qu’il braquait sur la tête de sa femme. Et là, mauvaise surprise : l’homme est protégé par la CIA à laquelle il rend des services. Pire encore : l’attentat au cours duquel sa femme a été tuée a été monté de toutes pièces par le service même qui l’emploie, commandité ceux à qui il demandait de la venger. Partant, le tueur est intouchable. Ses chefs ne veulent surtout pas qu’il soit tué, et encore moins qu’il soit arrêté, interrogé, et peut-être contraint de révéler leur rôle dans les opérations qu’il mène depuis des mois en se faisant passer pour un authentique terroriste.

De chasseur, Heller devient chassé.

Couverture livre Un coin de ciel brûlait de Laurent Guillaume

Un bon roman d’espionnage, deux fois décliné au cinéma

Je ne vous dévoilerai pas la fin de ce roman très bien mené et que l’on doit à la plume d’un grand spécialiste du roman d’espionnage. Robert Littell a en effet donné au genre quelques-uns de ses classiques, au premier rang desquels figure La compagnie, histoire à peine romancée de la CIA de sa création jusqu’à nos jours.

Ce roman provient en fait d’un scenario écrit par Robert Littell pour un film canadien de Charles Jarrott et diffusé en 1982 sous le titre L’amateur, avec John Savage, Christopher Plummer et Marthe Keller. Ce film est tombé dans l’oubli, mais Robert Littell a souhaité voir son histoire publiée sous forme de roman et c’est celui-ci dont il est ici question. On ne sent nullement à la lecture qu’il s’agit d’un produit « dérivé » et l’histoire mériterait tout à fait d’avoir été conçue originellement pour une publication en format papier.

En 2025, un nouveau film en a été tiré, avec Rami Malek dans le rôle de Charlie Heller et Laurence Fishburne dans celui d’Henderson. Excellent film dont je vous parle par ailleurs.

Détails

  • Titre : L’amateur
  • Titre original : The amateur
  • Auteur : Robert Littell
  • Éditeur : Presses de la Cité
  • ISBN : ‎ 978-2258009905
  • Format : Broché
  • Nationalité : USA
  • Langue : Français
  • Date de publication : 01 février 1982
  • Nombre de pages : 248 pages
  • Réédition : J’ai Lu, 2022, 318 pages, ISBN 978-2290376942

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