La nuit des loups, de Jack Higgins, remake de l’aigle s’est envolé ?

septembre 28, 2026

Par: Gilbert Gallerne

La nuit des loups, de Jack Higgins livre

Jersey, 1985. Le narrateur travaille sur la biographie d’un agent britannique disparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale : Harry Martineau, professeur de philosophie devenu agent des Renseignements britanniques. Alors qu’il butait sur le mystère de la disparition de Martineau au-dessus de la Manche, voilà que le corps de celui-ci réapparaît aux commandes d’un avion allemand au cœur d’une tourbière de Jersey. Notre historien se rend donc sur place où il rencontre une femme médecin qui a bien connu Martineau et lui révèle ce qu’elle sait. Flash-back, nous voilà en 1944, le récit passe à la troisième personne.

Le débarquement est proche. Les Allemands le pressentent, mais, faute d’informations, ils ne savent où attendre les Alliés. Certains (dont Rommel) pensent à la Normandie, tandis que l’État-Major, quant à lui, penche pour la Hollande.

Du côté allié, la décision est prise depuis longtemps et la date arrêtée. Restent quelques détails à régler. On a fait une répétition sur une côte britannique évoquant les plages de Normandie, mais il faut encore faire des repérages afin de peaufiner le projet. Pour cela, le colonel Kelso, ingénieur dans le civil avant de se retrouver sous les drapeaux pour cause de guerre mondiale, est envoyé à bord d’une barge reconnaître la côte française où les troupes alliées projettent de mettre bientôt le pied.

Un projet tombe à l’eau

Manque de chance, deux avisos allemands passaient par là et pulvérisent les bateaux de reconnaissance et leurs centaines d’occupants. Très peu de survivants. Parmi eux, le colonel Kelso, qui trouve refuge dans un canot pneumatique. Sa jambe est en miette, il n’a d’autre ressource que de se laisser dériver. Problème : il est au courant des plans du débarquement et, si les Allemands lui mettent la main dessus, ils auront tôt fait de le faire parler. Adieu l’effet de surprise : les mitrailleuses nazies seront sur la plage en attente des troupes venues les déloger.

Le bateau à la dérive finit par échouer à Jersey, île anglo-normande sous occupation allemande. Par chance, Kelso est recueilli par Helen de Ville, l’épouse d’un officier britannique mobilisé en Afrique du Nord, qui possède un manoir à proximité. Le manoir est réquisitionné et héberge des Allemands, mais dans la chambre de la dame existe un passage secret, menant à ce que l’on appelait jadis un « trou du prêtre » : une cachette remontant à l’époque de la réforme, durant laquelle les prêtres demeurés fidèles au pape étaient interdits de séjour en Angleterre.

Certains continuaient cependant à célébrer la messe pour les quelques fidèles osant braver l’interdiction. Ils passaient de château en château au péril de leur vie, et se réfugiaient dans des cachettes secrètes, ces fameux « trous du prêtre », lorsqu’ils étaient pourchassés par la police. C’est là, dans l’une de ces caches, aménagée au-dessus de sa chambre, que la jeune femme dissimule Kelso. Mais il est clair que le colonel ne peut demeurer longtemps chez elle sans être découvert. Problème : il n’y a pas de résistance à Jersey. L’île est trop petite pour qu’un groupe s’y constitue et échappe longtemps aux troupes d’occupation. Elle demande alors l’aide de Gallagher, un irlandais amoureux d’elle, afin de joindre la résistance en France. Bientôt l’information parvient à Londres : Kelso est toujours vivant. Bonne et mauvaise nouvelle. Si l’on se réjouit qu’il ait survécu, le fait qu’il se soit réfugié à Jersey est une catastrophe : impossible de le faire sortir facilement. On décide donc de faire appel à l’homme des situations difficiles, Harry Martineau.

Agent spécial pour mission spéciale

D’origine allemande par sa mère, Harry Martineau parle la langue sans le moindre accent et c’est tout naturellement que l’on fait appel à lui pour localiser et ramener l’ingénieur disparu. Ramener… dans la mesure du possible. Au cas où l’homme serait intransportable, Martineau devra s’assurer qu’il ne peut révéler ce qu’il sait aux Allemands. Martineau accepte la mission : il devra s’infiltrer sur l’île en se faisant passer pour un agent des services secrets nazis en mission commanditée par Himmler lui-même. Pour cela, on lui remet un sauf-conduit signé de la main d’Himmler et contresigné par celle d’Hitler en personne, récupéré sur le corps d’un espion nazi.

Et pour l’introduire auprès de Helen de Ville, on fait appel à une parente proche : Sarah, qu’elle a connue quelques années plus tôt alors qu’elle était encore adolescente. Aujourd’hui âgée de 19 ans, Sarah accepte de prêter main-forte à Martineau pour accomplir sa dangereuse mission. Pour l’occasion, on la relookera en demi-mondaine française et elle passera pour la maîtresse de l’officier allemand qu’il est censé être.

Le couple débarque donc à Jersey et se heurte très vite au représentant local de la Gestapo qui, malgré la lettre de mission de Martineau, sent qu’il y a quelque chose de louche et entreprend de se renseigner sur lui. Conscients que le temps joue contre eux, les deux agents anglais cherchent désespérément le moyen de faire sortir Kelso de l’île. Après avoir étudié plusieurs possibilités plus risquées les unes que les autres, leurs plans sont contrariés par une arrivée inattendue : Rommel en personne effectue une visite surprise à Jersey. Cela aide Martineau d’un côté, parce que le chef de la Gestapo pense voir là la justification de sa présence sur l’île, mais cela le dérange également dans la mesure où en tant qu’officier des services secrets du Reich, il se voit contraint de suivre Rommel dans ses visites de l’île.

Couverture du livre La nuit des loups de Jack Higgins

Tuez Rommel !

Complication supplémentaire : ce n’est pas Rommel lui-même qui leur rend visite, mais une doublure, un acteur recruté pour l’occasion, tandis que Rommel assiste à une réunion secrète pour fomenter un attentat contre Hitler.

Mais, entre temps, Martineau a eu l’idée de faire d’une pierre deux coups : remplir sa première mission avant tout, mais s’il peut en profiter pour assassiner Rommel, cela porterait un coup terrible à l’armée allemande dans son ensemble.

Je n’en dirai pas plus. Ce roman signé Jack Higgins se laisse lire avec grand plaisir. Certes, il semble tirer son intrigue du premier grand succès de cet auteur, l’Aigle s’est envolé, en l’inversant : dans le premier, il était question d’un commando allemand envoyé en Angleterre pour kidnapper Churchill, ici il s’agit d’un agent britannique chargé de récupérer un fugitif précieux, et accessoirement tuer Rommell. Dans le premier, Churchill était remplacé par une doublure, ce que l’on découvrait à la fin, dans le second Rommell est lui aussi remplacé par un acteur…

Mais ne boudons pas notre plaisir, Jack Higgins a vraiment découvert sa voie avec l’Aigle s’est envolé (qui était tout de même son 35e roman publié !) il est ici au mieux de sa forme et nous livre un roman d’espionnage sur fond de seconde guerre mondiale qui tient bien la route. Ce n’est certes pas le genre d’ouvrage qui a fait évoluer le genre, mais il peut tout de même être considéré comme un honnête roman par celui qui fut l’un des grands noms du genre dans les années 1970-1980.

Fiche technique

  • Titre : La nuit des loups
  • Titre original : Night of the fox
  • Auteur : Jack Higgins
  • Éditeur : Albin Michel
  • ISBN : ‎ 978-2226034045
  • Format : Broché
  • Nationalité : Royaume Uni
  • Langue : Français
  • Année de publication : 1989
  • Nombre de pages : 322 pages
  • Réédition : Paris, LGF coll. « Le Livre de poche » no 7769, 1991

Notes

Ce roman a fait l’objet d’une adaptation télévisuelle en 1990 par un groupement de producteurs américains, anglais et français (TF1 en l’occurrence) réalisé par Charles Jarrott et mettant en scène George Peppard dans le rôle principal, Michael York dans celui de Rommel et Andréa Ferréol dans celui d’Helen de Ville.

Jack Higgins, de son vrai nom Henry Patterson, est né le 27 juillet 1929, et mort le 09 avril 2022 à Jersey. Il a publié sous un grand nombre de pseudonymes plus d’une soixantaine de romans, ses genres de prédilection étant l’aventure et l’espionnage.

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